L'anticartogramme et ses interprétations
19.04.2010
Article

Géons

Patrick Poncet

Ce blog, qu'inaugure ce billet, s'intitule "Géons". Ce mot désigne les objets géographiques uniques ; ou plus exactement, pour autant qu'il soient considérés comme tel. Pourquoi un tel titre ?

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La notion de géon, s'oppose à celle de géotype. Ce dernier terme est facilement compréhensible. Il signifie : "type d'espace". Par exemple, la ville est un géotype, comme l'est la campagne, la banlieue, un port. Et c'est un des buts essentiels de la sciences que de décrire et comprendre l'espace des sociétés sous la forme d'espaces types, de genres d'espaces, qui ont des caractéristiques générales, des fonctions identifiées, des formes particulières. Ainsi, Jacques Lévy définit la ville comme un "géotype de substance sociétale fondé sur la coprésence". Une définition certes jargonnante mais qui dit l'essentiel en peu de mots ; une définition scientifique.

Mais si tout espace peut être vu comme le représentant singulier d'un genre d'espace, il faut alors un mot pour désigner ce qui, dans l'espce, tient justement de la singularité de l'unicité, de l'irréductibilité à des des catégories universelles. C'est cela que désigne le mot géon.

Ainsi, Paris est une ville mondiale, sous l'angle du géotype, mais toutes les villes mondiales, si elles se ressemblent, ont aussi chacune leur spécificité, elles sont chacune un géon. Elles sont chacune quelque part sur la planète, et pas ailleurs, et cette localisation unique est la source même de leur originalité géographique.

Dans l'analyse que mène l'intelligence spatiale de l'espace d'une société, l'articulation entre géon et géotype est fondamentale. En la situant précisément, l'analyste fixe ainsi la limite entre son travail de théoricien, qui cherche à énoncer des logiques simples et englobantes permettant de se saisir de la réalité, et son travail de connaisseur intime des espaces, cherchant plutôt à en pointer les différences fondatrices.

Une première règle éthique de la science est sans doute de ne pas chercher à faire passer le discours sur les géons pour l'essentiel de la production scientifique. Connaître intimement les lieux n'est pas un effort scientifique. Ce dernier est en premier lieu et par dessus tout faite de théories. C'est-à-dire de discours qui visent à désincorporer le savoir, à mettre intégralement à disposition de tous l'expérience de quelques-uns.

Le titre "géons" pour ce blog est en quelque sorte là pour dire : ceci est un contrepoint au discours scientifique, qui suppose la lenteur, le recul, l'inertie ; on se risque à parler ici de l'immédiat, du changeant, des variations, des incohérences, sur le vif, pris dans le flux. Mais ces billets imprudents seront aussi prétextes à quelques théorisation sauvages, en live, comme le fait l'écriture en saisissant le réel.

Objectif permanent : théoriser la singularité.

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